L’après-midi d’un caméléon

Ouf ! La chaleur. Quel bonheur !
Ne pas allonger la langue. Ne pas bouger les doigts.
Ne pas tourner de l’œil.

Ouf ! La chaleur ! Quel bonheur !
Se vautrer dans la chaleur humide de l’après-midi.
Se laisser cuire. S’abîmer de soleil.

Ouf ! La chaleur ! Quel bonheur !
Je suis seul sur mon balcon. Invisible.
En forme de plancher et de barreau.
Je peux vraiment fermer l’œil.
Juste un petit quart d’heure.
Le temps du prochain autobus.
Le temps d’oublier le bruit des voitures.
La cigale a beau striduler et l’écureuil s’affairer, je ne bougerai pas.

Ouf ! La chaleur ! Quel bonheur !
Le soleil me darde de ses feux
et rien ne saurait me distinguer du gris ferreux de mon balcon.
Je m’offre un quart d’heure d’humain à dormir au soleil.
Point de vent dans les feuilles. Pas d’oiseaux sur les branches.
L’air est trop lourd. Un temps de caméléon, quoi.
Comme il y en a, une ou deux fois tous les cinq ans. Foin d’El Nino.

Ouf ! La chaleur ! Quel bonheur !
Les caméléons de campagne ne connaissent pas ces plaisirs.
L’odeur chaude de l’asphalte. La senteur envahissante de l’essence.
Les effluves âcres des entresols. La vraie vie d’un caméléon de ville.

Ouf ! La chaleur ! Quel bonheur !
Même pas une mouche à portée de langue.
Même pas de nuages pour changer de ton.
Même pas un regard curieux d’enfant.
Je suis un balcon, l’après-midi.

Je vais te dire une sorte de chose